RELOOKEE PAR UN VIRILISTE

 Un article du professeur Elise

   Après le marquage du corps lui-même vient le choix par le mâle d’une parure désignant le partenaire comme étant « déjà pris ». Ne faisant pas confiance à ses congénères pour maîtriser leur désir de subtiliser leur proie, il faut que la parure du partenaire rende celui-ci indisponible non seulement au désir des autres, mais encore à leur regard. Pour cela, une solution: la burka. Détaillons les avatars de la burka , ou plutôt les étapes de la burkaïsation.

 

  Le sujet N use à cette fin d’une stratégie à la finesse toute masculine : il prétend vouloir nous protéger du froid. Même lorsqu’il n’y a pas lieu de le faire.

   Ainsi, par une journée ensoleillée de juin, la température extérieure étant de 28°, notre cher sujet tente de nous faire porter son pull d’hiver, prétendant que nous sommes en « petite tenue », pour reprendre son expression. Ce pull, si nous l’avions accepté, aurait présenté le double avantage de nous dissimuler aux regards d’autrui tout en brouillant, par le port d’un vêtement appartenant au mâle, le message phéromonal de la femelle. Tel le chat se frottant aux  humains, le mâle peut donc dissimuler un marquage de territoire derrière un geste tendre et protecteur, comme couvrir nos épaules de son pull.

 

    Nous avions esquivé la première tentative, mais le sujet N est persévérant. Ayant pour sa nouvelle tentative les conditions météorologiques de son côté, faisant mine de vouloir tendrement nous épargner le difficile choix d’une tenue dans une vaste garde robe pour aller au cinéma toute seule (toujours la technique du chat aux intentions dissimulées), N nous suggère innocemment :  « pourquoi ne mettrais-tu pas un col roulé ? ». Il faut bien sûr déceler le sens injonctif sous la forme interrogative. Ne doutant pas de notre naïveté de simple femelle, il ajoute sans vergogne :  « C’est sexy un col roulé ». Mais bien sûr. D’un seul coup s’éclairent pour nous ses éloges sur notre pantalon, nous donnant soit disant un air « libertin ».

 

    Nous pouvons en déduire que les prostituées qui se gèlent les fesses en bustier et minijupes de cuir s’égarent : l’association pantalon et col roulé est infiniment plus provocante. Nous supposons qu’il nous trouverait insoutenablement pornographique dans un vieux survêtement.

 

    Par respect pour nos spécimens chéris, nous avons élaboré une burka nouvelle génération. Le traditionnel gant noir laisse voir le galbe des doigts et doit donc être remplacé par la moufle. La burka classique peut être soulevée, il faut donc la resserrer aux chevilles par un élastique (afin de permettre la marche). Enfin, ce vêtement pouvant laisser imaginer quelques contours, la burka doit être rembourrée sur toute la longueur, afin nous donner un forme délicatement sphérique, présentant en outre la possibilité de remplacer la marche par le roulement (prévoir un casque intégral pour les escaliers, outre la cagoule matelassée obligatoire pour dissimuler la forme du crâne pouvant exciter les amateurs de « head-fucking »).

 

    Ne dit-on pas qu’il faut devancer les désirs de son mâle pour entretenir la flamme ?

 

    Attention cependant, à ne pas aller trop vite dans la réflexion, au risque de caricaturer le rapport du mâle à la mode féminine. Les remarques qui précèdent ne valent que pour la partenaire officielle, dont la vertu affichée par la dissimulation du corps garantit l’honneur intact du mâle. Tous les critères de la parure seyante s’inversent dans l’esprit masculin dès qu’il s’agit de faire l’éloge de la passante moulée dans une mini jupe. Là, toutes les vulgarités trouvent grâce au yeux viriliste, qui ira jusqu’à nous prouver que ce sont des élégances. Nous développerons plus avant ces réflexions dans le chapitre « Erection et sens critique ».

 

JE PUE DONC JE SUIS

Un article du professeur Nicolas.

 

 

 

 

 

L’homme viriliste estime que sa virilité réside dans son odeur, à l’image de l’animal (chien).

  En effet, prendre soin de son corps autrement que par le sport (hautement viril) mène à l’homosexualité ou à se transformer en femelle coquette. 

   Nous avons entendu chez plusieurs spécimens de l’Est : « le déo ou le parfum c’est pour les femmes, ça masque les odeurs viriles… ».

   Par ailleurs, il est constant chez la plupart des cas étudiés qu’un certain goût pour la macération se fait sentir.

  Ce mécanisme qui allie laisser-aller et volonté de faire sentir sa virile différence peut constituer un avant goût de ce que ces hommes recherchent dans leur vie sentimentale.

   Il reste donc à prouver que, chez les sujets pensant de notre expérience, désir de conservation et identité se combinent pour former un être tout à fait unique qui fleure bon 1

 

 

1Un certain Benoît Labre a été canonisé au XIXème siècle pour avoir donné l’exemple d’un détachement total, abandonnant sa chair à la crasse et à la vermine ; sûrement pense-t-il au danger de l’eau chaude, à cette lascivité et à cet efféminement qu’elle induit chez ses adeptes, trop soucieux d’eux-mêmes (cf Le corps féminin, Philippe Perrot).

 

LAISSER SON EMPREINTE, MARQUER SON TERRITOIRE

Un article du professeur Elise.

     Le marquage de territoire a pour finalité la possession.

    Le premier objet sur lequel le mâle veut marquer sa possession est son territoire matériel, son espace de vie. Ce marquage intervient par une salissure méthodique de la tanière, que nous étudierons plus profondément dans l’article « Je souille donc je suis ».

    Outre ce marquage de l’espace, en particulier des toilettes, par la technique  dite  « du chien », nous observons une volonté de marquer son territoire sur le corps du partenaire, en général par la technique dite « du bélier ». Nos lecteurs et lectrices n’ont pas besoin d’un schéma pour comprendre les applications de cette technique, consistant à brutaliser tous les orifices à portée de matraquage.

     En découle l’illusion de l’appartenance du partenaire, illusion exprimée par ce florilège de citations prononcées au plus fort de la démence :

·       Spécimen G, tentant d’exprimer dans son impossibilité de concevoir la rupture : « Ces hanches, que j’avais faites miennes ! » Nous tentons toujours d’élucider le sens exact de ces paroles. « hanches » serait-il une figuration métonymiquement polie des orifices se situant à proximité ? Pénétrer serait donc  « faire sien ». J’appartiens donc à mon tampon.

·       Spécimen A : « Ton cul s’est moulé sur ma bite ! ».

·       Spécimen B, devant la révélation que nous ne sommes pas à sa disposition, tenant de conjurer cette brutale réalité en criant ce qu’il veut croire : « Tu es à MOI ! Tu M’APPARTIENS ! ».

 

Des techniques de marquage du corps plus subtiles que celle du bélier ont été observées chez certains mâles, notamment les manies de :

·       de faire des bleus sous couvert s’étreinte passionnée.

·       de faire des suçons

·       de poncer la peau du partenaire avec la barbe

·       de laisser des traces de morsures pour avoir auprès de nos amies la réputation d’amant ardent

 

Ne nous y trompons pas, derrière tous ces marquages se cache le plaisir sournois de faire mal, plaisir qui exprime une des idées fondamentales régissant la psyché viriliste (détaillée dans l’article  « Virilisme et rentrance ») : « Je suis le plus fort »

ALCOOLS ET PIMENTS

Un article du professeur Nicolas

 

 Qui n’a jamais entendu clamer un homme qu’il tenait l’alcool parce qu’il a des couilles…

  Seuls mais, surtout entourés d’autres hommes, dans l’optique du combat de coq que nous étudierons plus loin, les hommes doivent prouver la taille de leur sexe et la grosseur de leurs testicules en tenant l’alcool. Un homme qui demande un jus d’orange lors d’une soirée est regardé avec pitié par ses « rivaux ». On sait que cette coutume existe de longue date et est attestée chez les Slaves ou les Scandinaves depuis le haut Moyen-âge.

   De même, un « homme, un vrai » se doit de supporter le piment vert bouthanais (peut être le plus fort) en disant comme le spécimen F. « ça relève le goût. Ah bon, tu trouves ça fort, oui, oui, ça pique un peu… » On sait que celui-ci se retient de boire ou de manger un bout de pain pour faire homme à moins d’être originaire d’un pays où on se nourrit de piments (et ce n’est pas le cas du spécimen F.)

On note ainsi un étrange lien entre virilité et tenir des boissons ou condiments…

 

 

 

JE BANDE DONC JE SUIS, JE BANDE DONC JE SAIS

 Un article du professeur Elise.

Le spécimen viriliste sait. Il sait, car il est du côté rationnel de la force, par opposition à un interlocuteur toujours jugé fantasque et intuitif.

   Le mâle ne souffre pas de contestation, car il est l’ami de la science.

   Le sujet viriliste produit des axiomes à la chaîne et ne s’exprime qu’au présent de vérité générale. Par exemple, profère :  « Un homme, c’est fait pour vivre avec une femme, sauf peut être dans le Marais. ».C’est beau…il n’y a rien à ajouter.

   Ainsi, lorsque nous proposons une assertion culturelle à A, le spécimen présente un comportement agressif, proférant dans 54% des cas : «  Cite tes sources ! ». Etrangement, la fréquence de profération monte à 92% lorsque le stimulus assertif concerne le domaine de la magie.

   Observons à présent le spécimen N en situation. A l’injonction : « Tu devrais jeter la crème chantilly, ça se conserve au frais », la dite bombe de crème fouettée entamant sa deuxième semaine de séjour dans la chaleur ambiante de la cuisine, le mâle réagit par un scepticisme farouche. Après avoir préalablement nié, il cherche des preuves irréfutables au dos de l’objet. Avant d’avoir lu toutes les recommandations, il anticipe :  « mais non, c’est pas marqué », avant de s’incliner devant l’évidence, moins d’une seconde plus tard : « Ah oui. ».Mais notre téméraire guerrier de l’absurde n’a pas dit son dernier mot. Il ne peut avoir tort, quand bien même l’univers entier le lui crierait. Bravement, il goûte alors la crème pourrie. Se refusant encore à l’évidence, il lui faudra goûter encore, avant d’admettre qu’une crème fouettée qui pique la langue et qui sent l’œuf pourri est décidément impropre à la consommation.

   De la même façon, à l’assertion « Viens, on prend cette rue. », le mâle rétorque : « C’est toi qui décide maintenant ? », protégeant ainsi son hégémonie décisionnelle. Il est le guide. Mais il est aussi le maître des chiffres et de l’espace.

Ainsi, à l’assertion « Mon lit mesure moins d’1m30. », le spécimen N s’insurge. Il ne peut croire l’interlocuteur sur parole même si tout laisse à penser que la personne qui a acheté le lit sur le critère précis de la largeur détient vraisemblablement la vérité sur le sujet, et qu’elle n’a de plus aucune raison valable de mentir sur la largeur de son lit. Rien n’empêchera cependant N de se saisir d’un triple décimètre, symbole de science, de technique, long et dur comme son savoir, et à défaut de pouvoir mesurer le meuble à l’aune de son sexe, trop grand et non gradué, il reporte quatre fois la longueur du triple décimètre sur la largeur du lit, comptant à haute voix avec le ton « CQFD » le plus arrogant sur l’échelle de la montrance (10).

    Désemparé de devoir s’arrêter à  « Quaaaaatre ! », le mâle ne peut cependant pas se résoudre à admettre que 3×4 ne peut faire 14. Il préfère recommencer ses comptes, dans l’espoir que la mathématique cèdera à son insistance, ne serait-ce que parce qu’elle porte un nom féminin. Mais il n’y a toujours que quatre occurrences de 30 cm dans la largeur du lit. Il ne reste plus qu’une seule issue, changer de conversation et compter sur un amnésie brutale du témoin de cette pathétique lutte conter le système numérique. En cas de persistance du souvenir dans l’esprit de l’interlocuteur, il restera toujours au mâle viriliste la ressource infinie du déni, plus connu sous l’appellation de « mauvaise foi »1 .

 

1. Pour plus d’information sur le thème de la mauvaise foi, se reporter à l’article ” la réalité à l’épreuve de la virilité”.

 

 

LA RAISON DANS L’INSTINCT

Un article du professeur Nicolas.

L’homme qui sait toujours tout et est maître es sciences, justifie souvent des comportements déplacés par sa soit-disant proximité avec le monde animal. Ainsi, l’homme prétend ne pouvoir retenir ses désirs car au contraire de la femme, il ne le pourrait pas. C’est pourquoi, dans de nombreuses cultures, dont la nôtre, l’homme demande à la femme de se cacher sous peine d’être violée (on observera que ce comportement est très répandu chez les animaux).

    On se retrouve donc face à un paradoxe : comment l’homme parfaitement rationnel et uniquement raisonnable, fort et volontaire pourrait se retrouver sous le contrôle de l’animalité ? La réponse se situe dans différents chapitres du présent ouvrage et recouvre les concepts de mauvaise foi, montrance et virilisme évidemment. Le désir est donc assouvi avec de nombreuses justifications parfois en s’appuyant sur la psychologie voire sur la biologie (discours sur le chasseur fécondeur des temps préhistoriques). N’oublions pas que viril vient du mot latin vis (la force), ce qui signifie que la soumission à ses instincts bestiaux constituent encore une preuve de la force du mâle.

 

 

TOTEM OU FETICHE ?

 Un article du professeur Elise.

 

 

   Il est courant de voir le mâle s’entourer d’avatars ithyphalliques :

 

·        Moulin à poivre ithyphallique géant, pruneaux « calibre géant » pour les accessoires de cuisine du spécimen A (voir documents photographiques)

·        Le plus gros scooter de tous ceux qui sont garés est forcément celui su spécimen N

 

  On pourrait se laisser aller aux clichés, et comprendre ces avatars dans une fonction compensatoire. Ce sens est pertinent pour de nombreux spécimens à grosse voiture et petite bite (cette proportion inverse peut opérer également chez les possesseurs d’armes, gros calibres, etc…). Cependant, force est de constater que les spécimens A et N n’ont rien à compenser.

  On pourrait donc faire l’hypothèse d’une représentation symbolique, et non d’une compensation de ce qui fait défaut. Pour emprunter la terminologie des anthropologues, il ne s’agirait alors plus d’un fétiche mais d’un totem.

    Parmi ces totems, nous trouvons de façon inattendue, au milieu des perceuses, poinçons, marteaux, et autres couteaux suisses, les cosmétiques masculins.

    Susceptibles de féminiser leur utilisateur, ils sont systématiquement virilisés par une esthétique ithyphallique : le parangon de ce phénomène1 est le flacon de parfum L’Homme d’Yves Saint Laurent, parfum d’ailleurs virilistement intitulé, dont le bouchon est orné d’un élégant motif de boulon géant. Le boulon est une image doublement parlante pour le mâle : il évoque le monde merveilleux des outils, de la mécanique, plus virilisant que celui de la cosmétique, en tout cas fonctionnant comme un « doudou », un symbole rassurant, un fétiche du monde viril accompagnant le mâle dans le monde inquiétant et délicat (car délicat ?) de la beauté. D’autre part, le boulon est un élément mâle de l’outillage, car il pénètre, et il « serre la vis », comme notre mâle chéri.

    Enfin, observons le slogan du parfum L’homme : « Sensuel et magnétique ». « Sensuel », n’est pas typiquement viriliste, mais cet adjectif, s’il donne une image de la sexualité masculine raffinée, axée sur les sensations, montre aussi l’homme comme sujet pleinement actif de la mécanique du désir. C’est lui qui désire, comme le fait un gourmand. Le deuxième adjectif en revanche est travaillé dans une perspective viriliste. En effet, un synonyme plus courant de « magnétique », dans le champ lexical de la séduction, est « attirant ». Or cet adjectif évoque une séduction passive toute féminine, la séduction de celle qui se contente d’attirer. La séduction de la proie et non celle du chasseur. C’était peu flatteur pour le mâle. D’où la substitution à « séduisant » ou « attirant », tous deux dénotant une séduction passive, réceptive et non pénétrante, de « magnétique » qui veut dire la même chose, mais le déplacement du concept dans le champ lexical de la boîte à outil (avec boulon et aimant, un univers métallique masculin, car dur, solide, parfois froid et blessant), opère à sa revirilisation.

 

 

 

 

 

1. La cosmétique masculine, pour tenter le consommateur viriliste sans lui donner l’impression de se féminiser, doit ruser en arborant dans son packaging tous les totems virilisants : la gamme de soin pour homme Séphora affiche un énorme signe masculin ♂, dont la flèche est explicitement ithyphallique, tandis que d’autres marques jouent sur le lexique, évoquant la force (Gilette Power) ou la violence (un antiride de Lancôme propose  «Age Fight»). L’homme ne s’enduit pas le visage de crème, il se bat contre les signes du temps.

 

 

LE SYNDROME « OU EST CHARLIE ? »

Un article des professeurs Elise et Nicolas.

    La plupart des mâles que nous avons pu observer d’assez près souffre d’un syndrome mystérieux, consistant à consacrer tous ses espoirs à l’envie d’avoir le plus gros pénis, toutes ses paroles à la revendication d’avoir le plus gros pénis, tous ses regards et tous ses gestes dès que les mains sont libres à la vérification que le pénis est bien là, toujours aussi gros que dans leurs rêves. Derrière ce culte perpétuel célébrant la grandeur réelle ou imaginaire de la très sainte bite se cache la peur d’en avoir une petite.

    C’est pourquoi nous avons baptisé ce syndrome du surnom donné à un spécimen qui passait son temps à demander qu’on le rassure sur ce sujet, et qui avait, pour le coup, toutes les raisons de s’inquiéter. Comme il fallait solliciter la plus grande attention pour détecter la présence de la dite queue, son propriétaire hérita du surnom « Ou est Charlie ? ».

    Cependant, les mâles souffrant de ce syndrome n’ont en général aucune raison objective de s’inquiéter, si ce n’est que tous prennent pour se juger le même mètre étalon : ce cher Rocco.

    Nous avons beau leur dire qu’une pénétration nécessitant une épisiotomie n’a pas grand intérêt érotique, rien n’y fait, car notre plaisir ne vient qu’après ces deux priorités :

         -se contempler, se mesurer…

         -nous déchirer

    Nous développerons cette dernière ambition masculine dans l’article « Jusqu’à la garde ». Si toutefois nos lecteurs et lectrices doutaient de cette affirmation et souhaitaient s’assurer qu’il s’agit bien d’un fantasme viriliste universel et transhistorique, nous ne pouvons que leur recommander la lecture d’un classique de la littérature française du XVIIIème siècle : il s’agit du roman L’anti-Justine, de Rétif de la Bretonne. Nous y découvrons le moine bien nommé « Foutamort ». Ce personnage dispose d’un sexe aussi grand que lui, avec lequel il tue d’une simple pénétration, par explosion de la partenaire.

   Saint Siffredi, priez pour nous…

   Nous avons mené l’enquête auprès des spécimens les plus richement pourvus, pour déterminer si l’angoisse de la petite bite était une peur, un doute réel réservé à quelques cas plus ou moins légitimes, ou si nous étions face à un fantasme mégalomaniaque transcendant les disparités réelles d’équipement.

   Il s’est avéré que nos mâles les plus gâtés par Dame Nature (Spécimen TF, dit « la matraque », spécimen J, dit « fusée Ariane 5 », spécimen N, notre élu, dit « la poutre », les spécimens A et Ji, non testés personnellement mais jugés sur la foi de témoins fiables, d’un doseur de spaghetti et d’une vidéo, etc …) sont également affectés du syndrome « Où est Charlie ? », même si les doutes sont moins fréquents et moins violents (fruits d’observations mutuelles dans les vestiaires de basket ou de boxe, où les mâles font mine d’aller se doucher pour exhiber leur pénis et regarder à leur aise celui des autres. S’en suivent de longues réflexions sur le thème : « Oui, celle de Truc est grosse au repos, mais quel est son coefficient de bandaison ? Peut-être que je le dépasse ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

    En fait, chez les spécimens les mieux pourvus, le syndrome se manifeste différemment, mais il demeure prégnant. Comment comprendre sinon que le spécimen Ji ait fondé le SGB, « Syndicat des Grosses Bites », auquel a depuis souscrit le spécimen A, et que le spécimen N ne saurait tarder à rejoindre ?

     Les « membres » de ce syndicat, tempèrent l’angoisse d’en avoir une petite par une rhétorique de l’assertion hyperbolique, dont on peut douter qu’ils perçoivent l’exagération :

·    A : « Ma bite, c’est une trompe. », « ma bite est tellement grande qu’il faudrait du recul pour la voir, je suis donc obligé de la plier en 7 »

·    Ji : « Mme*** (voisine d’en face) a vu ma bite et elle est tombée par la fenêtre »

 

    Nous comprenons mieux dans cette perspective la dimension réellement dramatique d’une impuissance passagère, ou encore la peur du froid qui étreint tous les sujets virilistes : il ne faut monter son sexe qu’en majesté (d’où la pudeur virginale du sujet N hors du contexte érotique, perpétuellement drapé dans son peignoir, se déshabillant dans le noir, etc…), peur qui provoque chez les spécimens les plus gravement atteints (nous pensons à Sa) un  déni de l’état de repos  de leur pénis, poussant à l’usage de prothèse ( paire de chaussettes dans le slip en attendant la commercialisation du « Wonderbite », créant une protubérance suspecte au niveau de l’entrejambe.).

    Idéalement donc, la bite du viriliste ne doit pas seulement être grosse, mais puissante, en perpétuelle érection. Cette dernière prend alors des fonctions pour le moins surprenantes tendant à assimiler force caudale1  à la force vitale. Dès lors se manifestent des jeux étranges qui transcendent les classes d’âge des spécimens virilistes, comme la manie de vouloir soulever de choses avec sa bite, et dans l’idéal, le rêve de pouvoir s’en servir comme d’un levier, d’un cric, d’un bélier2, voire d’un pied de biche pour forcer la réalité quand elle résiste.

 

 

 

 

 

 

 

1. Caudal, caudale : adjectif emprunté par nos soins au vocabulaire scientifique, désignant tout ce qui se rapporte à la queue des animaux, formé sur le latin « cauda », la queue, et qui semblait donc parfaitement approprié à désigner la queue de l’animal humain.

2. La bite serait en somme une sorte d’avatar du couteau suisse réservé aux travaux de force. Remarquons au passage qu’aucune femme n’a dans ses accessoires de couteau suisse. Est-ce à dire que c’est en fait le couteau suisse (ou pince Lethermann pour les spécimens M et N) qui est l’avatar de la bite ? Nous examinerons cette hypothèse dans l’article « Totem ou Fétiche ».

 

                                                                                                

 

TRENTE MILLIONS D’AMANTS

   
Manuel d’éthologie du mâle. 
    Une mise au point s’impose : cet examen de l’homme suivant les méthodes de l’analyse des comportements des animaux dans leur milieu ne résulte nullement d’un mépris du mâle. Au contraire, ces réflexions sont le fruit d’une longue observation passionnée du spécimen viril de l’espèce humaine, de nombreuses années d’immersion au coeur des meutes virilistes, et elle s’enrichit chaque jour de l’étude du quotidien de notre spécimen de prédilection ainsi que de tous ceux qui nous entourent.

     Il sera donc ici question d’éthologie du sujet mâle, un regard scientifique analysant et tentant d’expliquer ses instincts, pratiques folkloriques et superstitions, de la déification du phallus au goût pour le gras, la viande et la bière, en passant par la propension à la destruction et l’inimitié envers l’expression, ou envers le savon (chez le jeune mâle en particulier, pour ce dernier thème.).

     Le concept de virilisme, notre principal outil de travail, doit être compris indépendamment des définitions que peuvent en donner les dictionnaires. Il est à entendre comme l’essence cachée de chaque acte, de chaque parole, de chaque attitude, de chaque décision du mâle.

     Le concept montrance est à comprendre dans le sens désuet du terme, comme une propension à l’ostentation, à la mise en scène des comportements virils.

     Virilisme et montrance constituent ainsi de véritables clefs pour l’analyse comportementale de l’homme dans son milieu et pour la recherche du sens et de la fonction de ces mécanismes au regard de l’évolution.

     Le virilisme est une philosophie de la virilité. Ce n’est en effet nullement une virilité simple et se limitant au port d’organes génitaux distinctifs. Il s’agit d’un au-delà de la pilosité. Plus qu’un dosage spécifique de testostérone, c’est une « testostérone attitude » que la notion d’  « übersexualité » résume assez bien. Pour résumer, nous sommes face à une constitution du genre masculin en identité qui pourrait nous permettre de définir le virilisme comme une méta virilité, déterminant des comportements pas toujours faciles à supporter pour celui ou celle qui côtoie le mâle, mais fascinants (et amusants) à observer dans une perspective de virilologie comparée