LE MALE ET LA MODE

  

 

 

 

 

 Il y aurait trop à dire, et pas assez d’intérêt à le faire, sur le rapport du mâle de base à la mode. Il en va sûrement de même en ce qui concerne le femelle de base.

   C’est pourquoi cet article, comme ce blog, ne s’intéresse délibérément qu’au viriliste de haut niveau.

   Le viriliste évolué, (homo Tom Fordus) affiche en société une maîtrise des codes vestimentaires qui peut parfois aller jusqu’à l’élégance.

C’est seulement à celui ou celle qui l’étudie dans l’intimité de sa tanière que revient je privilège de découvrir les arcanes de son approche authentiquement virile de la mode.

 

   En dehors des vêtements donnant au mâle l’accès à la vie en société (ceux qui lui permettent de nous séduire, de trouver du travail, de se faire des amis…) subsistent dans la garde-robe masculine de mystérieuses pièces de collection que n’explique aucune tendance underground ou vintage.

   Comment comprendre ce lien fétichiste au passé chez un être qui, poussé par « l’élan civilisateur » dont parle l’éminent viriliste Sigmund Freud, est tourné vers l’avenir et le progrès ? Nous pensions, jusqu’à la découverte d’un slip de bain orné de palmiers fluorescents chez le spécimen X, que le mâle se libérait des entraves du passé pour évoluer librement vers son glorieux destin, ce qui expliquerait qu’il ne s’embarrasse pas des souvenirs de dates d’anniversaires, de prénoms, de promesses, …exception faite toutefois des numéros de téléphone et des photos des ex…

    Slips de bains des années 80, survêtements hors d’usage gardés « pour dormir », chaussettes trouées et photos d’ex…nos chers mâle, en plus d’être passéistes, seraient ils des ploucs ?

Avant d’en arriver à une telle conclusion, une analyse synchronique et diachronique de la garde robe secrète du viriliste s’impose.

 

Analyse diachronique :

Le dressing masculin comporte fatalement quelques reliquats de l’adolescence du mâle. Ainsi, nous avons trouvés au fond de l’armoire des virilistes les plus tendances :

-une collection de T-shirt de groupes de rock (spécimen C)

-une chemise indienne à col mao et boutons en noix de coco (spécimen Ba)

-un porte-feuille « Oxbow » astucieusement fermé par un scratch (spécimen X)

-un jean levis « 501 », et sa coupe taille haute si caractéristique (spécimen J)

-un bermuda beige à pinces, comme on peut encore en voir…dans les rediffusions de « Beverly Hills » (spécimen G)

-un bas de survêtement à pression sur le côté, un « streetball », je crois (Je sollicite l’indulgence du lecteur sur cette incertitude, mais j’étais en 5èmeA la dernière fois que j’ai entendu le nom de ce modèle et que j’ai été susceptible d’être séduite par celui qui le portait…en tous cas, il y en avait un chez le spécimen Be, en 2007)

 

    Ces curiosités peuvent s’expliquer par un éclairage diachronique : en conservant ces vestiges d’un autre temps, le viriliste écrit son histoire.

Un étude archéologique des strates déposées sur les étagères de son armoire nous révèlera les différentes époques de sa jeunesse, de la période « rappeur », à la période « hippie/alter-mondialiste », en passant par la phase « sportive », puis, « séducteur », « hard-rockeur », « surfeur », « n’importe quoi/amateur de jeux de rôle ».

Décidément, notre cher mâle revient de loin.

Rendons lui grâce au passage de ne plus conserver de ces périodes que des vestiges symboliques, quand tant d’autres hommes conservent pieusement leur catogan ou leur tunique hippie à plus de trente ans.

 

Analyse synchronique :

D’autres vieilleries vestimentaires ne peuvent s’expliquer par l’évolution identitaire dont le mâle voudrait garder le souvenir.

Le T-shirt troué photographié ci-contre appartenant au spécimen N, par exemple, n’a jamais été à la mode.

  

 

 

 

 

 

 

   Ce genre de pièces nous révèle la part tendre de la virilité. Chaussettes trouées et les pulls élimés au col (spécimen A) tiennent la même fonction que le « doudou » de l’enfant, chose usée et répugnante qui rassure le mâle et que personne ne doit s’aviser de laver ou de jeter. Le viriliste éprouve un attachement affectif pour ses vêtements mités.

 

    L’alibi le plus fréquemment utilisé par le mâle pour justifier cette tendance conservatrice est le suivant : « je le mets pour dormir ».

Pour dormir, c’est-à-dire pour les moments d’intimité avec nous.

Cette parade amoureuse du quotidien, si elle a son charme, donne parfois lieu à des rencontres du troisième type entre le viriliste qui entre dans la chambre en bas de jogging  hors d’âge et taché de peinture (signe ostentatoire du don viril pour le bricolage, et plus largement, pour la transformation du monde qui l’entoure, poussé par le fameux  « élan civilisateur » dont nous parlerons précisément plus tard) et la partenaire qui l’attend en guêpière et bas résilles, et qui s’efforce de se rappeler pourquoi elle est dans cette tenue.

   

 

Par désir d’exhaustivité, nous avons poussé l’investigation jusque chez le cordonnier à qui le spécimen N a consenti à confier la réparation d’une paire de chaussures fétiche, et nous en avons rapporté des preuves photographiques.

 

  

 Le viriliste n’est donc ni un radin, ni un contempteur de la mode, mais un sentimental un peu nostalgique. Touchant, non ?

 

7 réponses

  1. Le T-shirt doudou c’est mignon. Moi, je jette tout. Je ne conserve rien. Ou presque. C’est normal, je suis un authentique révolutionnaire : “du passé, faisons table rase”. Ou alors je sais pas…

  2. L’idée même de révolution n’est-elle pas un doudou très “vingtième siècle”?

  3. Le specimen X a reconnu le portefeuille Oxbow dont il est question et dont il s’est séparé depuis, au profit d’un magnifique portefeuille de cuir marron, astucieusement déclassé lors des soldes au Printemps.
    Je demande réparation.

    • Je parierais volontiers que le dit porte-feuille à scatch a été conservé dans un coin, “au cas où”, “si jamais l’autre se déchire”…faute de pouvoir dire”pour dormir” comme dans le cas du vieux t-shirt…
      Cela dit, sincères félicitations pour le nouvel achat!

  4. Pour le slip de bain, il faudra que tu m’en dises plus… La honte me gagne…

    • Si si, je l’ai vu, et son propriétaire a déclaré en le montrant: “Je ne peux plus le mettre, il me moule les fesses, tu peux pas savoir, quand je me vois avec, ça m’excite.”
      Il ne fallait me poser la question…

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