Un article du professeur Elise.
Lorsque nous observons nos spécimens se saluer, se bourrant de coups les côtes, le dos ou les épaules, ou se contentant de se broyer les os de la main sous prétexte de se la serrer d’une virile manière (montrance de la force), il nous est difficile de savoir s’ils sont amis ou ennemis.
Quoi qu’il en soit, l’homme viriliste aime à faire montre de force et affectionne ainsi l’affrontement physique. Le sujet BO vante à qui veut bien l’entendre sa ceinture noire de karaté, le sujet N pratique la boxe et y voit non un sport mais un moment de Vérité.
C’est sans doute au nom de cette Vérité que le sujet N, lors d’un dîner agréable que nous partagions au restaurant avec sa sœur et son beau frère (sujet Th, non moins viriliste), eut la charmante idée de proposer à ce dernier de sortir pour se battre, après que Th lui a fait une remarque sur sa façon de parler à la serveuse. L’affront était immense, en effet.
Plus tard dans la soirée, je lui demandai, perplexe, ce qui lui était passé par la tête. N m’expliqua avec bonhomie qu’il voulait « casser la gueule » de son beau frère car « cela aurait scellé [leur] amitié » …
Ce même spécimen veut sans doute se faire plein de nouveaux amis, car il nous a récemment confié (pensant sans doute nous enthousiasmer par ce projet) qu’il provoquait un inconnu sur internet (à la suite d’une discorde politique sur un forum…).
Il serait intéressant de confronter les théories de N et de A, inventeur de la rhétorique des coups, selon laquelle un coup de poing repousse (il est donc hostile), alors qu’un pincement retient (il est donc tendre).
Il faut donc se garder de tout amalgame.
Etrangler peut en effet être une marque de tendresse, et un coup de poing repousse tout scellant des liens authentiques entre hommes.
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