LE VIRILISME, UNE ONTOLOGIE DE LA PENETRATION

Un article du professeur Elise. 

Un témoignage récemment porté à notre connaissance a attiré notre attention, nous tenions à le soumettre à la sagacité de nos lecteurs.

   Un de nos amis fréquentait un spécimen viriliste d’apparence civilisée et normale (un médecin) depuis seulement 18 jours (précision importante pour prendre la mesure de l’absurdité de la suite.).

   Un soir, le couple sort, en compagnie d’amis. Au cours de la soirée, notre ami et son spécimen (An) se perdent de vue.

 Quelques heures plus tard, notre ami rentre chez lui, mais arrivé devant sa porte, il constate avec un mélange d’horreur et d’incompréhension que ses clefs ne fonctionnent plus… et pour cause : celui qui lui ouvre n’est autre que le spécimen An, qui ne sachant où aller, et craignant d’ennuyer ses amis, a trouvé parfaitement naturel et logique de faire changer la serrure de l’appartement de son ami, juste pour pouvoir y entrer.

Les cafés des environs ne devaient pas le tenter, mieux valait défoncer la porte.

On dit que c’est un bon départ dans un couple.

Ca instaure la confiance.

C’est du moins ce qu’a du penser le spécimen défonceur de porte, tout surpris de se faire larguer dans la foulée, bien que son geste romantique lui ait coûté 600 euros.

  

   Ce fait divers est pour le moins surprenant, mais nous nous permettons d’attirer l’attention de nos lecteurs sur son symbolisme. La porte, fermée par la serrure, délimite et protège l’espace intime. N’en ayant pas la clef, le mâle viriliste entreprend en tout légèreté de forcer ce qui lui résiste.

   An le défonceur n’est pas le seul à se transformer en brute intrusive devant un porte close.

   Il s’agit en fait d’une tendance viriliste de fond.

   Ainsi, le spécimen G ne digérant pas que nous l’ayons quitté (fermeture de porte symbolique) s’est dans un premier temps amusé à se jeter sur notre porte (non symbolique) en pleine nuit, en criant des obscénités. Puis il s’est résolu à forcer le passage d’une autre manière, par une pénétration sournoise de notre espace intime au moyen d’une lettre glissée sous la porte.

   Il est ensuite passé aux autres espaces symbolisant notre intimité : intrusions dans la messagerie de notre téléphone mobile, puis dans celle de notre site de rencontre, où, notons le pour l’anecdote, il est allé jusqu’à modifier notre annonce, la remplaçant par ce texte infiniment respectueux : « J’avais trouvé l’homme de ma vie, mais je suis trop conne pour m’en apercevoir. Alors voilà où j’en suis. ».

   Charmant, n’est-il pas ?

   Cette volonté de pénétrer comme une brute les espaces dont nous lui refusons l’accès nous montre le viriliste dans une situation que nous pouvons élargir à d’autres domaines que celui des espaces intimes réels ou virtuels.

   De nombreuses autres attitudes semblent en effet recouper cet instinct de pénétrer, comme s’il participait de l’essence du mâle et définissait son rapport à la réalité tout entière.

   Ainsi, les spécimens P et N, tous deux conducteurs de deux roues, reconnaissent spontanément tirer une grande partie de leur plaisir de conduire de l’impression de pénétrer une circulation dense, laissant de petits passages, avec leurs gros engins. Il ne sont alors pas seulement des métaphores de bites, mais aussi de spermatozoïdes (de leur propre aveu), car non seulement ils pénètrent, mais, s’en suit une course avec les autres motards se faufilant entre les voitures jusqu’au feu rouge.

   Les exemples de pénétration de la réalité définissant pour le mâle une manière d’être au monde foisonnent, nous les évoquerons dans un chapitre à venir intitulé « Jusqu ‘à la garde ».

   Pour finir, nous citerons le penseur viriliste par excellence, Alain Soral, revendiquant cette volonté de pénétration universelle chez ses semblables, abusivement appliquée au domaine de la pensée. Je vous laisse savourer l’absurdité de la conclusion qu’il en tire à propos des capacités rationnelles de la femme, sous le simple prétexte qu’elle est dépourvue de pénis (pour comprendre cette pensée délirante, se reporter à l’article : « Je bande, donc je sais ») :

                           

   « Manque de virilité intellectuelle et pensée magique :

Enfin, pour revenir à la motivation la plus profonde de la pensée, la femme n’ayant pas par son corps le même désir de pénétrer l’objet,  nous dirons que sa volonté d’analyse (pénétration sublimée) est moindre. D’où sa plus grande attirance pour la pensée magique. »

                                   Sociologie du dragueur, 1996, Alain Soral.

 

C’est magnifique, il n’y a rien à ajouter…

L’émotion et le respect m’ôte l’envie de commenter cet fulgurance viriliste.

 Merci Alain.

            

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