JE BANDE DONC JE SUIS, JE BANDE DONC JE SAIS

 Un article du professeur Elise.

Le spécimen viriliste sait. Il sait, car il est du côté rationnel de la force, par opposition à un interlocuteur toujours jugé fantasque et intuitif.

   Le mâle ne souffre pas de contestation, car il est l’ami de la science.

   Le sujet viriliste produit des axiomes à la chaîne et ne s’exprime qu’au présent de vérité générale. Par exemple, profère :  « Un homme, c’est fait pour vivre avec une femme, sauf peut être dans le Marais. ».C’est beau…il n’y a rien à ajouter.

   Ainsi, lorsque nous proposons une assertion culturelle à A, le spécimen présente un comportement agressif, proférant dans 54% des cas : «  Cite tes sources ! ». Etrangement, la fréquence de profération monte à 92% lorsque le stimulus assertif concerne le domaine de la magie.

   Observons à présent le spécimen N en situation. A l’injonction : « Tu devrais jeter la crème chantilly, ça se conserve au frais », la dite bombe de crème fouettée entamant sa deuxième semaine de séjour dans la chaleur ambiante de la cuisine, le mâle réagit par un scepticisme farouche. Après avoir préalablement nié, il cherche des preuves irréfutables au dos de l’objet. Avant d’avoir lu toutes les recommandations, il anticipe :  « mais non, c’est pas marqué », avant de s’incliner devant l’évidence, moins d’une seconde plus tard : « Ah oui. ».Mais notre téméraire guerrier de l’absurde n’a pas dit son dernier mot. Il ne peut avoir tort, quand bien même l’univers entier le lui crierait. Bravement, il goûte alors la crème pourrie. Se refusant encore à l’évidence, il lui faudra goûter encore, avant d’admettre qu’une crème fouettée qui pique la langue et qui sent l’œuf pourri est décidément impropre à la consommation.

   De la même façon, à l’assertion « Viens, on prend cette rue. », le mâle rétorque : « C’est toi qui décide maintenant ? », protégeant ainsi son hégémonie décisionnelle. Il est le guide. Mais il est aussi le maître des chiffres et de l’espace.

Ainsi, à l’assertion « Mon lit mesure moins d’1m30. », le spécimen N s’insurge. Il ne peut croire l’interlocuteur sur parole même si tout laisse à penser que la personne qui a acheté le lit sur le critère précis de la largeur détient vraisemblablement la vérité sur le sujet, et qu’elle n’a de plus aucune raison valable de mentir sur la largeur de son lit. Rien n’empêchera cependant N de se saisir d’un triple décimètre, symbole de science, de technique, long et dur comme son savoir, et à défaut de pouvoir mesurer le meuble à l’aune de son sexe, trop grand et non gradué, il reporte quatre fois la longueur du triple décimètre sur la largeur du lit, comptant à haute voix avec le ton « CQFD » le plus arrogant sur l’échelle de la montrance (10).

    Désemparé de devoir s’arrêter à  « Quaaaaatre ! », le mâle ne peut cependant pas se résoudre à admettre que 3×4 ne peut faire 14. Il préfère recommencer ses comptes, dans l’espoir que la mathématique cèdera à son insistance, ne serait-ce que parce qu’elle porte un nom féminin. Mais il n’y a toujours que quatre occurrences de 30 cm dans la largeur du lit. Il ne reste plus qu’une seule issue, changer de conversation et compter sur un amnésie brutale du témoin de cette pathétique lutte conter le système numérique. En cas de persistance du souvenir dans l’esprit de l’interlocuteur, il restera toujours au mâle viriliste la ressource infinie du déni, plus connu sous l’appellation de « mauvaise foi »1 .

 

1. Pour plus d’information sur le thème de la mauvaise foi, se reporter à l’article ” la réalité à l’épreuve de la virilité”.

 

 

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