TOTEM OU FETICHE ?

 Un article du professeur Elise.

 

 

   Il est courant de voir le mâle s’entourer d’avatars ithyphalliques :

 

·        Moulin à poivre ithyphallique géant, pruneaux « calibre géant » pour les accessoires de cuisine du spécimen A (voir documents photographiques)

·        Le plus gros scooter de tous ceux qui sont garés est forcément celui su spécimen N

 

  On pourrait se laisser aller aux clichés, et comprendre ces avatars dans une fonction compensatoire. Ce sens est pertinent pour de nombreux spécimens à grosse voiture et petite bite (cette proportion inverse peut opérer également chez les possesseurs d’armes, gros calibres, etc…). Cependant, force est de constater que les spécimens A et N n’ont rien à compenser.

  On pourrait donc faire l’hypothèse d’une représentation symbolique, et non d’une compensation de ce qui fait défaut. Pour emprunter la terminologie des anthropologues, il ne s’agirait alors plus d’un fétiche mais d’un totem.

    Parmi ces totems, nous trouvons de façon inattendue, au milieu des perceuses, poinçons, marteaux, et autres couteaux suisses, les cosmétiques masculins.

    Susceptibles de féminiser leur utilisateur, ils sont systématiquement virilisés par une esthétique ithyphallique : le parangon de ce phénomène1 est le flacon de parfum L’Homme d’Yves Saint Laurent, parfum d’ailleurs virilistement intitulé, dont le bouchon est orné d’un élégant motif de boulon géant. Le boulon est une image doublement parlante pour le mâle : il évoque le monde merveilleux des outils, de la mécanique, plus virilisant que celui de la cosmétique, en tout cas fonctionnant comme un « doudou », un symbole rassurant, un fétiche du monde viril accompagnant le mâle dans le monde inquiétant et délicat (car délicat ?) de la beauté. D’autre part, le boulon est un élément mâle de l’outillage, car il pénètre, et il « serre la vis », comme notre mâle chéri.

    Enfin, observons le slogan du parfum L’homme : « Sensuel et magnétique ». « Sensuel », n’est pas typiquement viriliste, mais cet adjectif, s’il donne une image de la sexualité masculine raffinée, axée sur les sensations, montre aussi l’homme comme sujet pleinement actif de la mécanique du désir. C’est lui qui désire, comme le fait un gourmand. Le deuxième adjectif en revanche est travaillé dans une perspective viriliste. En effet, un synonyme plus courant de « magnétique », dans le champ lexical de la séduction, est « attirant ». Or cet adjectif évoque une séduction passive toute féminine, la séduction de celle qui se contente d’attirer. La séduction de la proie et non celle du chasseur. C’était peu flatteur pour le mâle. D’où la substitution à « séduisant » ou « attirant », tous deux dénotant une séduction passive, réceptive et non pénétrante, de « magnétique » qui veut dire la même chose, mais le déplacement du concept dans le champ lexical de la boîte à outil (avec boulon et aimant, un univers métallique masculin, car dur, solide, parfois froid et blessant), opère à sa revirilisation.

 

 

 

 

 

1. La cosmétique masculine, pour tenter le consommateur viriliste sans lui donner l’impression de se féminiser, doit ruser en arborant dans son packaging tous les totems virilisants : la gamme de soin pour homme Séphora affiche un énorme signe masculin ♂, dont la flèche est explicitement ithyphallique, tandis que d’autres marques jouent sur le lexique, évoquant la force (Gilette Power) ou la violence (un antiride de Lancôme propose  «Age Fight»). L’homme ne s’enduit pas le visage de crème, il se bat contre les signes du temps.

 

 

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