Un article des professeurs Elise et Nicolas.
La plupart des mâles que nous avons pu observer d’assez près souffre d’un syndrome mystérieux, consistant à consacrer tous ses espoirs à l’envie d’avoir le plus gros pénis, toutes ses paroles à la revendication d’avoir le plus gros pénis, tous ses regards et tous ses gestes dès que les mains sont libres à la vérification que le pénis est bien là, toujours aussi gros que dans leurs rêves. Derrière ce culte perpétuel célébrant la grandeur réelle ou imaginaire de la très sainte bite se cache la peur d’en avoir une petite.
C’est pourquoi nous avons baptisé ce syndrome du surnom donné à un spécimen qui passait son temps à demander qu’on le rassure sur ce sujet, et qui avait, pour le coup, toutes les raisons de s’inquiéter. Comme il fallait solliciter la plus grande attention pour détecter la présence de la dite queue, son propriétaire hérita du surnom « Ou est Charlie ? ».
Cependant, les mâles souffrant de ce syndrome n’ont en général aucune raison objective de s’inquiéter, si ce n’est que tous prennent pour se juger le même mètre étalon : ce cher Rocco.
Nous avons beau leur dire qu’une pénétration nécessitant une épisiotomie n’a pas grand intérêt érotique, rien n’y fait, car notre plaisir ne vient qu’après ces deux priorités :
-se contempler, se mesurer…
-nous déchirer
Nous développerons cette dernière ambition masculine dans l’article « Jusqu’à la garde ». Si toutefois nos lecteurs et lectrices doutaient de cette affirmation et souhaitaient s’assurer qu’il s’agit bien d’un fantasme viriliste universel et transhistorique, nous ne pouvons que leur recommander la lecture d’un classique de la littérature française du XVIIIème siècle : il s’agit du roman L’anti-Justine, de Rétif de la Bretonne. Nous y découvrons le moine bien nommé « Foutamort ». Ce personnage dispose d’un sexe aussi grand que lui, avec lequel il tue d’une simple pénétration, par explosion de la partenaire.
Saint Siffredi, priez pour nous…
Nous avons mené l’enquête auprès des spécimens les plus richement pourvus, pour déterminer si l’angoisse de la petite bite était une peur, un doute réel réservé à quelques cas plus ou moins légitimes, ou si nous étions face à un fantasme mégalomaniaque transcendant les disparités réelles d’équipement.
Il s’est avéré que nos mâles les plus gâtés par Dame Nature (Spécimen TF, dit « la matraque », spécimen J, dit « fusée Ariane 5 », spécimen N, notre élu, dit « la poutre », les spécimens A et Ji, non testés personnellement mais jugés sur la foi de témoins fiables, d’un doseur de spaghetti et d’une vidéo, etc …) sont également affectés du syndrome « Où est Charlie ? », même si les doutes sont moins fréquents et moins violents (fruits d’observations mutuelles dans les vestiaires de basket ou de boxe, où les mâles font mine d’aller se doucher pour exhiber leur pénis et regarder à leur aise celui des autres. S’en suivent de longues réflexions sur le thème : « Oui, celle de Truc est grosse au repos, mais quel est son coefficient de bandaison ? Peut-être que je le dépasse ?
En fait, chez les spécimens les mieux pourvus, le syndrome se manifeste différemment, mais il demeure prégnant. Comment comprendre sinon que le spécimen Ji ait fondé le SGB, « Syndicat des Grosses Bites », auquel a depuis souscrit le spécimen A, et que le spécimen N ne saurait tarder à rejoindre ?
Les « membres » de ce syndicat, tempèrent l’angoisse d’en avoir une petite par une rhétorique de l’assertion hyperbolique, dont on peut douter qu’ils perçoivent l’exagération :
· A : « Ma bite, c’est une trompe. », « ma bite est tellement grande qu’il faudrait du recul pour la voir, je suis donc obligé de la plier en 7 »
· Ji : « Mme*** (voisine d’en face) a vu ma bite et elle est tombée par la fenêtre »
Nous comprenons mieux dans cette perspective la dimension réellement dramatique d’une impuissance passagère, ou encore la peur du froid qui étreint tous les sujets virilistes : il ne faut monter son sexe qu’en majesté (d’où la pudeur virginale du sujet N hors du contexte érotique, perpétuellement drapé dans son peignoir, se déshabillant dans le noir, etc…), peur qui provoque chez les spécimens les plus gravement atteints (nous pensons à Sa) un déni de l’état de repos de leur pénis, poussant à l’usage de prothèse ( paire de chaussettes dans le slip en attendant la commercialisation du « Wonderbite », créant une protubérance suspecte au niveau de l’entrejambe.).
Idéalement donc, la bite du viriliste ne doit pas seulement être grosse, mais puissante, en perpétuelle érection. Cette dernière prend alors des fonctions pour le moins surprenantes tendant à assimiler force caudale1 à la force vitale. Dès lors se manifestent des jeux étranges qui transcendent les classes d’âge des spécimens virilistes, comme la manie de vouloir soulever de choses avec sa bite, et dans l’idéal, le rêve de pouvoir s’en servir comme d’un levier, d’un cric, d’un bélier2, voire d’un pied de biche pour forcer la réalité quand elle résiste.
1. Caudal, caudale : adjectif emprunté par nos soins au vocabulaire scientifique, désignant tout ce qui se rapporte à la queue des animaux, formé sur le latin « cauda », la queue, et qui semblait donc parfaitement approprié à désigner la queue de l’animal humain.
2. La bite serait en somme une sorte d’avatar du couteau suisse réservé aux travaux de force. Remarquons au passage qu’aucune femme n’a dans ses accessoires de couteau suisse. Est-ce à dire que c’est en fait le couteau suisse (ou pince Lethermann pour les spécimens M et N) qui est l’avatar de la bite ? Nous examinerons cette hypothèse dans l’article « Totem ou Fétiche ».
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