DANSE AVEC LES MÂLES.

Il y a un monde de différences entre les approches masculines et féminines de la danse. En effet, alors que la femelle se trémousse invariablement pour faire valoir ses appâts, et ce qu’elle soit ou non sous le regard du mâle, l’homme décline une chorégraphie beaucoup plus diverse, qui varie selon que la femelle est présente ou non.

Ainsi, en présence de la femelle, nous observons de façon récurrente :

- un gonflement du torse accompagné de mouvements prononcés des épaules

- une curieuse propension à frotter ses parties génitales sur les fesses des femelles (tous les spécimens clubbers)

- au niveau facial, un rictus latéral, rehaussé d’un froncement asymétrique des sourcils, formant ainsi un parallélisme entre la ligne des sourcils et celle de la bouche, caractéristique de ce que l’on appelle communément « regard de séducteur » (absolument tous les spécimens dotés de l’instinct de reproduction font montre de ce type de comportement, dont nous avons d’ailleurs sélectionné quelques exemples de choix ci-dessous)


2. En l’absence de la femelle, ou assez tard dans la soirée pour oublier le regard de la femelle :

-un pas de danse consistant à se jeter sur les autres mâles de la piste, dans le but de comparer les forces des danseurs, et de se donner de la tendresse virile, l’alcool aidant.

-se donner des claques dans le dos, en signe de reconnaissance, en se balançant d’un pied sur l’autre.

-pousser de cris

-faire de la « air guitar »

-faire du play back, se jeter par terre, se mettre à genoux et remercier son public imaginaire.

Entre le moment où les femelles sont sur la piste et celui où la résistance à l’alcool a fait le tri entre  danseurs et danseuses, le mâle décline donc sa chorégraphie de la parade amoureuse (1.) à l’intimidation mutuelle et la guerre de tous contre tous au sein de la meute dansante (2.).

Nous pourrions cependant faire l’hypothèse d’une constante entre ces deux situation de danse virile : le mime.

En effet, le mâle mime le coït en se frottant contre les fesses présentes, connues ou non, tout en tentant d’hypnotiser la femelle par ses acrobaties faciales (voir photos du rictus du séducteur), il mime le combat avec le pogo, et la transe créatrice avec le play back et la air guitar…

Notons pour conclure à la gloire de l’habilité et de l’astuce virile que ces deux derniers mimes sont tous deux réalisés à l’aide d’une bouteille de bière, servant alternativement de micro et de manche de guitare.

LE MALE ET LA MODE

  

 

 

 

 

 Il y aurait trop à dire, et pas assez d’intérêt à le faire, sur le rapport du mâle de base à la mode. Il en va sûrement de même en ce qui concerne le femelle de base.

   C’est pourquoi cet article, comme ce blog, ne s’intéresse délibérément qu’au viriliste de haut niveau.

   Le viriliste évolué, (homo Tom Fordus) affiche en société une maîtrise des codes vestimentaires qui peut parfois aller jusqu’à l’élégance.

C’est seulement à celui ou celle qui l’étudie dans l’intimité de sa tanière que revient je privilège de découvrir les arcanes de son approche authentiquement virile de la mode.

 

   En dehors des vêtements donnant au mâle l’accès à la vie en société (ceux qui lui permettent de nous séduire, de trouver du travail, de se faire des amis…) subsistent dans la garde-robe masculine de mystérieuses pièces de collection que n’explique aucune tendance underground ou vintage.

   Comment comprendre ce lien fétichiste au passé chez un être qui, poussé par « l’élan civilisateur » dont parle l’éminent viriliste Sigmund Freud, est tourné vers l’avenir et le progrès ? Nous pensions, jusqu’à la découverte d’un slip de bain orné de palmiers fluorescents chez le spécimen X, que le mâle se libérait des entraves du passé pour évoluer librement vers son glorieux destin, ce qui expliquerait qu’il ne s’embarrasse pas des souvenirs de dates d’anniversaires, de prénoms, de promesses, …exception faite toutefois des numéros de téléphone et des photos des ex…

    Slips de bains des années 80, survêtements hors d’usage gardés « pour dormir », chaussettes trouées et photos d’ex…nos chers mâle, en plus d’être passéistes, seraient ils des ploucs ?

Avant d’en arriver à une telle conclusion, une analyse synchronique et diachronique de la garde robe secrète du viriliste s’impose.

 

Analyse diachronique :

Le dressing masculin comporte fatalement quelques reliquats de l’adolescence du mâle. Ainsi, nous avons trouvés au fond de l’armoire des virilistes les plus tendances :

-une collection de T-shirt de groupes de rock (spécimen C)

-une chemise indienne à col mao et boutons en noix de coco (spécimen Ba)

-un porte-feuille « Oxbow » astucieusement fermé par un scratch (spécimen X)

-un jean levis « 501 », et sa coupe taille haute si caractéristique (spécimen J)

-un bermuda beige à pinces, comme on peut encore en voir…dans les rediffusions de « Beverly Hills » (spécimen G)

-un bas de survêtement à pression sur le côté, un « streetball », je crois (Je sollicite l’indulgence du lecteur sur cette incertitude, mais j’étais en 5èmeA la dernière fois que j’ai entendu le nom de ce modèle et que j’ai été susceptible d’être séduite par celui qui le portait…en tous cas, il y en avait un chez le spécimen Be, en 2007)

 

    Ces curiosités peuvent s’expliquer par un éclairage diachronique : en conservant ces vestiges d’un autre temps, le viriliste écrit son histoire.

Un étude archéologique des strates déposées sur les étagères de son armoire nous révèlera les différentes époques de sa jeunesse, de la période « rappeur », à la période « hippie/alter-mondialiste », en passant par la phase « sportive », puis, « séducteur », « hard-rockeur », « surfeur », « n’importe quoi/amateur de jeux de rôle ».

Décidément, notre cher mâle revient de loin.

Rendons lui grâce au passage de ne plus conserver de ces périodes que des vestiges symboliques, quand tant d’autres hommes conservent pieusement leur catogan ou leur tunique hippie à plus de trente ans.

 

Analyse synchronique :

D’autres vieilleries vestimentaires ne peuvent s’expliquer par l’évolution identitaire dont le mâle voudrait garder le souvenir.

Le T-shirt troué photographié ci-contre appartenant au spécimen N, par exemple, n’a jamais été à la mode.

  

 

 

 

 

 

 

   Ce genre de pièces nous révèle la part tendre de la virilité. Chaussettes trouées et les pulls élimés au col (spécimen A) tiennent la même fonction que le « doudou » de l’enfant, chose usée et répugnante qui rassure le mâle et que personne ne doit s’aviser de laver ou de jeter. Le viriliste éprouve un attachement affectif pour ses vêtements mités.

 

    L’alibi le plus fréquemment utilisé par le mâle pour justifier cette tendance conservatrice est le suivant : « je le mets pour dormir ».

Pour dormir, c’est-à-dire pour les moments d’intimité avec nous.

Cette parade amoureuse du quotidien, si elle a son charme, donne parfois lieu à des rencontres du troisième type entre le viriliste qui entre dans la chambre en bas de jogging  hors d’âge et taché de peinture (signe ostentatoire du don viril pour le bricolage, et plus largement, pour la transformation du monde qui l’entoure, poussé par le fameux  « élan civilisateur » dont nous parlerons précisément plus tard) et la partenaire qui l’attend en guêpière et bas résilles, et qui s’efforce de se rappeler pourquoi elle est dans cette tenue.

   

 

Par désir d’exhaustivité, nous avons poussé l’investigation jusque chez le cordonnier à qui le spécimen N a consenti à confier la réparation d’une paire de chaussures fétiche, et nous en avons rapporté des preuves photographiques.

 

  

 Le viriliste n’est donc ni un radin, ni un contempteur de la mode, mais un sentimental un peu nostalgique. Touchant, non ?

 

ERECTION ET SENS CRITIQUE

Un article du professeur Elise.

 

    

 

 

   En regardant la charmante demoiselle photographiée ci-contre, on serait tenté de penser que tout lecteur de cet article y verrait une pétasse siliconée et très vulgaire.

    En réalité, seuls les lectrices et les lecteurs homosexuels non virilistes parviennent à cette perception objective.

    Les lecteurs virilistes, eux y voient une demoiselle ayant mangé beaucoup de soupe pendant son enfance, ce qui développe naturellement la poitrine (traitant au passage de jalouse la copine qui aurait évoqué une aide chirurgicale probable), dotée en outre d’un sens de la mode personnel et minimal, dont l’absence apparente de subtilité et d’élégance serait en fait…du second degré ! (l’hypothèse du « second degré » a été formulée devant témoins par le spécimen N).

Si vous êtes sceptique, amusez-vous à faire le test sur le cobaye de votre choix, et n’hésitez pas à nous faire part des résultats de votre expérience.

    Ce petit miracle de la relativité de la perception est un phénomène quasi universel que nous expliquons ainsi : chez le mâle, LE SENS CRITIQUE EST INVERSEMENT PROPORTIONNEL AU TAUX D’ERECTION.

   

   En effet, dans une situation où le viriliste bande (plus ou moins), la partie de son cerveau dévouée en temps normal à l’exercice du sens critique n’est plus irriguée à cause de l’afflux sanguin sollicité par l’érection.

  

    Certains cas de mort cérébrale ont ainsi été constatés chez des sujets en parfaite santé qui étaient simplement en train de regarder un film pornographique (ou une côte de bœuf, une avocate de l’émission « Sans aucun doute », une « amie » très  « intelligente, forte et fragile à la fois », une ex avec qui il n’y a « plus aucune ambiguïté », n’importe quelle passante d’un âge raisonnable, etc…)

 

 

 

    Le sujet G, qui avait quelque intérêt pour ma personne, a déclaré que je ne portais pas de maquillage, ou si peu, nonobstant l’oeuvre cosmétique volontairement voyante qui orne mon visage.

    Le sujet  N, champion toutes catégories de la candeur masculine à l’égard des artifices féminins, est incapable de distinguer un hâle naturel d’une brûlure aux UV ajoutée à un « subtil » fond teint « terre de soleil » (qui laisse de vieilles traces sur le col de la minirobe blanche). Il refuse aussi de croire que les femmes s’épilent les sourcils. Des racines noires au sommet d’une chevelure blonde platine ne signifient nullement qu’il y a eu modification de la couleur naturelle. De même, devant un photographie de faux seins vue sur internet, ce sujet nous a soutenu qu’ils étaient naturels en dépit de leur proportion surhumaine (deux pastèques sur un fille pesant 45 kilos, habillée) et de la cicatrice, pourtant caractéristique, autour du mamelon.

  

   L’érection annihile donc le sens critique sur autrui à forte poitrine, mais altère aussi puissamment la faculté d’autocritique.

   Nous avons en effet pu observer chez de nombreux mâles, et en particulier chez le spécimen A en situation de coït (expérience menée par le professeur Nicolas) un durcissement phallique significatif lors de stimuli verbaux tirés de la rhétorique pornographique de type « oh oui, elle est si grosse, elle est énorme, tu es si fort… ».

    Dans cette circonstance, il semble clair que le mâle devient à tout persiflage, le  sens de l’ironie disparaissant en même temps que celui de l’autocritique sous l’effet de l’excitation sexuelle.

 

COMBATS DE COQS HUMAINS

      Un article du professeur Elise.

   

    Lorsque nous observons nos spécimens se saluer, se bourrant de coups les côtes, le dos ou les épaules, ou se contentant de se broyer les os de la main sous prétexte de se la serrer d’une virile manière (montrance de la force), il nous est difficile de savoir s’ils sont amis ou ennemis.

     Quoi qu’il en soit, l’homme viriliste aime à faire montre de force et affectionne ainsi l’affrontement physique. Le sujet BO vante à qui veut bien l’entendre sa ceinture noire de karaté, le sujet N pratique la boxe et y voit non un sport mais un moment de Vérité.

      

   C’est sans doute au nom de cette Vérité que le sujet N, lors d’un dîner agréable que nous partagions au restaurant avec sa sœur et son beau frère (sujet Th, non moins viriliste), eut la charmante idée de proposer à ce dernier de sortir pour se battre, après que Th lui a fait une remarque sur sa façon de parler à la serveuse. L’affront était immense, en effet.

      Plus tard dans la soirée, je lui demandai, perplexe, ce qui lui était passé par la tête. N m’expliqua avec bonhomie qu’il voulait « casser la gueule » de son beau frère car « cela aurait scellé [leur] amitié » …

       Ce même spécimen veut sans doute se faire plein de nouveaux amis, car il nous a récemment confié (pensant sans doute nous enthousiasmer par ce projet) qu’il provoquait un inconnu sur internet (à la suite d’une discorde politique sur un forum…).

      Il serait intéressant de confronter les théories de N et de A, inventeur de la rhétorique des coups, selon laquelle un coup de poing repousse (il est donc hostile), alors qu’un pincement retient (il est donc tendre).

       Il faut donc se garder de tout amalgame.

 Etrangler peut en effet être une marque de tendresse, et un coup de poing repousse tout scellant des liens authentiques entre hommes.

 

JUSQU’A LA GARDE

Un article du professeur Elise.

 

  

 

   De tous les spécimens observés, pas un n’échappe à cette règle : point de pénétration si ce n’est pour nous la mettre « jusqu’à la garde ».

   Cette obsession tient le mâle sous un empire incontestable. Bien que la sensibilité nerveuse caudale se situe bien moins à la base qu’au bout du sceptre sacré, il faut, dût-il pourfendre son partenaire, que l’individu viriliste entende ce claquement bien connu produit par le choc des testicules sur nos fesses.

   Dans le cadre d’une fellation, nous observons chez 89% des sujets une tendance inconsciente à l’émétophilie, puisque le virilisme pousse monsieur à tenter de faire vomir son partenaire en maintenant sa tête immobile afin de mieux fouiller de fond de sa gorge…

     

    Le coït anal ou vaginal est bien sûr le terrain expérimental le plus évident pour observer ce phénomène. Nous avons constaté avec stupéfaction ce but devenir un Graal pour le sujet TF, entraînant une quête effrénée de trois ans ! Le pauvre homme (surnommé « la Matraque »,rappelons-le) n’était pas parvenu à faire disparaître la totalité de l’énorme chose dans le vagin virginal de la partenaire durant ces trois années d’effort. Mais un jour la persévérance héroïque du spécimen finit par payer, ce qu’il commenta ainsi :  “Ca y est, tu es une femme maintenant.”. Mais nous aborderons plus loin la vaste question de la chasse au pucelage, réel ou imaginaire.

   Par extension, nous observerons le spécimen G dans la situation éminemment viriliste du bricolage. Pour poser de simples  étagères, de simples vis n’auraient pas suffit. Il fallait, au risque de passer chez le voisin, utiliser un long et large forêt, quitte à s’enfoncer tout entier dans le mur.

   Il ressort de ces expériences que cette pénétration extrémiste a pour but, même dans la douleur et la destruction*, de nous faire admettre qu’Elle est vraiment très grosse et très longue.

 

 

*La spécimen R  a une délicieuse façon de qualifier une jolie femme: il la déclare “pétable”

LE REPERTOIRE VIRILISTE, UNE ALLEGORIE DE L’INFINI

   Un article du professeur Elise.

  

 

Chez nos deux specimens favoris, A et N, parmi de très nombreuses similitudes exactes, une nous semble particulièrement déconcertante : leurs répertoires téléphoniques comportent d’insondables abysses. Dans cet univers obscur et méconnu des profondeurs, rampent des êtres ayant miraculeusement échappé au temps, à l’évolution, à l’oubli.

   Tels ces poissons préhistoriques, survivant on ne sait comment dans les ténèbres sous-marines, dans le répertoire du mâle rôde le pote de collège plus vu depuis dix ans, la personne entrevue dans une soirée, avec qui on s’est trouvé, l’alcool aidant, d’inexplicables affinités (sur le modèle :  « j’ai rencontré une fille trop sympa…forte et fragile à la fois… »), le pilier de bistrot pris, dans les mêmes circonstances, pour un philosophe, l’illuminé avec qui on a chatté sur internet dans un moment de profond désoeuvrement, des noms, sur lesquels on serait bien incapable de mettre un visage, mais que l’on garde pour tester les capacités de mémoire de son téléphone mobile, et surtout, la bête effroyable et nuisible entre toutes, la plus coriace, celle qui remonte de temps en temps à la surface téléphonique en rappelant d’elle-même,L’EX.

    

Ne nous étonnons pas de la survie de cette abondante faune. Notre mâle, en amoureux de l’écologie, et surtout du suave frisson qu’il éprouve en disant « J’ai plus de 200 numéros ! »(A), s’efforce de préserver la frêle existence de ces espèces vouées pourtant à la disparition. Il les nourrit, les dénombre, en introduit de nouvelles, par de réguliers appels, des petits verres avec les uns et les autres.

    Son réseau, c’est son ego. L’étendue de son cercle social, comme celle de sa bite, doit être extrème.

    Le spécimen N, nous faisant l’éloge d’un ami, le vante en ces termes : « Il a plus de 400 amis sur Facebook ! ».

    Devant notre perplexité, il nous explique que l’étendue du réseau est synonyme de puissance, et comme pour mieux nous autoriser la compréhension métaphorique du gros réseau, avatar phallique qui induit une supériorité, il ajoute : « Par rapport à son réseau, le mien est minuscule. Enculé ! Qu’est-ce que je dis, moi aussi j’ai un gros réseau ! ».

    A travers le champ lexical de ces propos,  ainsi que le sémantisme de l’interjection, on se rend bien compte qu’en matière de réseau comme de pénis, sur Facebook comme dans un vestiaire, l’enjeu reste de savoir qui a la plus grosse, et qui, en signe de supériorité et de domination, pénétrera l’autre (« Enculé ! »). Notons au passage que la problématique du répertoire recoupe alors celle du paradigme conceptuel viriliste, qui se résume pour ses idées fondamentales à deux entrées (cf infra, « Virilisme et rentrance ») :

1)     « Je suis le plus fort »

2)     « Je veux te pénétrer »

    Par ailleurs, lorsqu’il évoque son réseau, le mâle viriliste ne semble pas savoir que l’on n’appelle pas « amie » une ancienne collègue de bureau à qui on a parlé cinq fois devant la machine à café. Il ignore le champ lexical nuancé permettant de discriminer : « ex », « vague connaissance »,  «  voisine de ma cousine par alliance », etc…

    Il tire une gloire difficilement quantifiable de ces mondanités, et un plaisir sournois à draper de mystère le moindre café pris avec un quasi inconnu, en nous déclarant : « J’ai vu une amie/un ami, c’était très sympa… » (plus de précisions dans un article à paraître, “Mystère de merdre”).

  

   De ce fait, le mâle viriliste semble toujours très occupé, car voir régulièrement tous ceux que l’on a croisé durant toute sa vie, cela prend du temps, au moins sept soirs par semaine…

 

MEME PAS MAL.

Un article du professeur Elise.

 « La solitude n’est donc pas seulement

  un désespoir et un abandon,mais aussi

  une virilité, une fierté et une souveraineté. »

                 Emmanuel Levinas, Le Temps et l’Autre.

 

 

 

   Dans la continuité de nos observations sur le piment, penchons-nous à présent sur la prétendue résistance, voire  l’invulnérabilité de l’homme aux douleurs physiques ou morales, quelles qu’elles soient.

           L’homme viriliste ne connaît pas la douleur ni le froid. Le sujet F se promène ostensiblement tout l’hiver en T shirt, et pour rendre la tenue plus spectaculaire et héroïque, il en retrousse les manches .Le spécimen T avait coutume de se jeter dans la mer démontée quelle que soit la période de l’année, en ressortait bleu et au bord du malaise en disant : « Ouais, ça va, elle est bonne, vous devriez y aller, franchement. » ; Notons que ces montrances n’avaient lieu qu’en public.

L’homme viriliste est un surhomme. La pluie glisse sur lui sans le mouiller (N), le pistolet à colle le brûle mais bon, c’est pas grave (G), il n’a pas de chagrin d’amour, n’a pas besoin de la présence de l’autre (A, jadis).

JE SOUILLE DONC JE SUIS.

Un article des professeurs Elise et Nicolas.

    

     

    Une chambre ou un appartement de viriliste est dans 75% des cas une immonde tanière (toujours un lien avec l’animal). En effet, laver comme ranger sont des comportements incompréhensibles de « bonne femme ». 

Nous avons ainsi pu observer l’intérieur du spécimen M, et on a découvert des tranches de jambon collées au sol depuis des lustres, des cadavres de bouteilles un peu partout pour montrer aussi qu’on tient l’alcool (nous avons évoqué le lien entre alcool et virilité dans un article antérieur), de la crasse graisseuse, des monceaux de vaisselle pleins de fromage séché (!).   

             De même, laisser des assiettes sales près de son lit attirant ainsi toutes les créatures insectoïdes de la création ne dérange pas le viriliste.   

             A ce propos, un de nos spécimens des plus philosophes, le sujet T, nous voyant vider un cendrier qui débordait, nous gratifia de cette pensée pleine de sagesse : « Pourquoi tu fais ça, ça sert à rien, tout à l’heure ce sera exactement pareil et tu devras recommencer. ». Certes.

             Si cette désaffection de l’hygiène sur et autour de soi ne concerne qu’une partie de nos sujets d’étude, tous ont le mépris de la vaisselle en partage. Les spécimens BE, A, N, entre autres, se sentent l’âme de grands chefs étoilés lorsqu’ils s’agit de cuisiner, tâche à laquelle ils consentent à s’abaisser car elle est création, mais se rétractent au moment fatidique de la vaisselle, invoquant le partage des tâches.

 

             Au contact du specimen N, nous avons observé un mode de rangement récurrent : le tas.  Il s’applique à toutes les natures d’objets.

 

Tas d\'affaires de sport.

Tas d’affaires de sport.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tas de disques et papiers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tas de livres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tentative de dissimulation d’un tas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tas dans la cuisine, le champ de bataille après la “création”  du chef viriliste.

LE VIRILISME, UNE ONTOLOGIE DE LA PENETRATION

Un article du professeur Elise. 

Un témoignage récemment porté à notre connaissance a attiré notre attention, nous tenions à le soumettre à la sagacité de nos lecteurs.

   Un de nos amis fréquentait un spécimen viriliste d’apparence civilisée et normale (un médecin) depuis seulement 18 jours (précision importante pour prendre la mesure de l’absurdité de la suite.).

   Un soir, le couple sort, en compagnie d’amis. Au cours de la soirée, notre ami et son spécimen (An) se perdent de vue.

 Quelques heures plus tard, notre ami rentre chez lui, mais arrivé devant sa porte, il constate avec un mélange d’horreur et d’incompréhension que ses clefs ne fonctionnent plus… et pour cause : celui qui lui ouvre n’est autre que le spécimen An, qui ne sachant où aller, et craignant d’ennuyer ses amis, a trouvé parfaitement naturel et logique de faire changer la serrure de l’appartement de son ami, juste pour pouvoir y entrer.

Les cafés des environs ne devaient pas le tenter, mieux valait défoncer la porte.

On dit que c’est un bon départ dans un couple.

Ca instaure la confiance.

C’est du moins ce qu’a du penser le spécimen défonceur de porte, tout surpris de se faire larguer dans la foulée, bien que son geste romantique lui ait coûté 600 euros.

  

   Ce fait divers est pour le moins surprenant, mais nous nous permettons d’attirer l’attention de nos lecteurs sur son symbolisme. La porte, fermée par la serrure, délimite et protège l’espace intime. N’en ayant pas la clef, le mâle viriliste entreprend en tout légèreté de forcer ce qui lui résiste.

   An le défonceur n’est pas le seul à se transformer en brute intrusive devant un porte close.

   Il s’agit en fait d’une tendance viriliste de fond.

   Ainsi, le spécimen G ne digérant pas que nous l’ayons quitté (fermeture de porte symbolique) s’est dans un premier temps amusé à se jeter sur notre porte (non symbolique) en pleine nuit, en criant des obscénités. Puis il s’est résolu à forcer le passage d’une autre manière, par une pénétration sournoise de notre espace intime au moyen d’une lettre glissée sous la porte.

   Il est ensuite passé aux autres espaces symbolisant notre intimité : intrusions dans la messagerie de notre téléphone mobile, puis dans celle de notre site de rencontre, où, notons le pour l’anecdote, il est allé jusqu’à modifier notre annonce, la remplaçant par ce texte infiniment respectueux : « J’avais trouvé l’homme de ma vie, mais je suis trop conne pour m’en apercevoir. Alors voilà où j’en suis. ».

   Charmant, n’est-il pas ?

   Cette volonté de pénétrer comme une brute les espaces dont nous lui refusons l’accès nous montre le viriliste dans une situation que nous pouvons élargir à d’autres domaines que celui des espaces intimes réels ou virtuels.

   De nombreuses autres attitudes semblent en effet recouper cet instinct de pénétrer, comme s’il participait de l’essence du mâle et définissait son rapport à la réalité tout entière.

   Ainsi, les spécimens P et N, tous deux conducteurs de deux roues, reconnaissent spontanément tirer une grande partie de leur plaisir de conduire de l’impression de pénétrer une circulation dense, laissant de petits passages, avec leurs gros engins. Il ne sont alors pas seulement des métaphores de bites, mais aussi de spermatozoïdes (de leur propre aveu), car non seulement ils pénètrent, mais, s’en suit une course avec les autres motards se faufilant entre les voitures jusqu’au feu rouge.

   Les exemples de pénétration de la réalité définissant pour le mâle une manière d’être au monde foisonnent, nous les évoquerons dans un chapitre à venir intitulé « Jusqu ‘à la garde ».

   Pour finir, nous citerons le penseur viriliste par excellence, Alain Soral, revendiquant cette volonté de pénétration universelle chez ses semblables, abusivement appliquée au domaine de la pensée. Je vous laisse savourer l’absurdité de la conclusion qu’il en tire à propos des capacités rationnelles de la femme, sous le simple prétexte qu’elle est dépourvue de pénis (pour comprendre cette pensée délirante, se reporter à l’article : « Je bande, donc je sais ») :

                           

   « Manque de virilité intellectuelle et pensée magique :

Enfin, pour revenir à la motivation la plus profonde de la pensée, la femme n’ayant pas par son corps le même désir de pénétrer l’objet,  nous dirons que sa volonté d’analyse (pénétration sublimée) est moindre. D’où sa plus grande attirance pour la pensée magique. »

                                   Sociologie du dragueur, 1996, Alain Soral.

 

C’est magnifique, il n’y a rien à ajouter…

L’émotion et le respect m’ôte l’envie de commenter cet fulgurance viriliste.

 Merci Alain.

            

VIRILISME ET RENTRANCE

Un article du professeur Elise.

                   ”Celui qui avoue le premier perd.”

                                                                                          Nicolas R***.

      Même sous la torture, le mâle n’avoue jamais ses sentiments.

De plus, comme dirait le métaphysicien Jean-Jacques Goldmann, référence choisie de la culture viriliste,  « Il y a une question dans « je t’aime », pas que de l’amour, pas que ça. ».

   Donc, selon cet axiome viriliste, non seulement l’expression des sentiments rend vulnérable, mais aussi elle cache forcément quelque sournoise tentative de possession. Autant de raison de se taire. Cette rétention s’étend d’ailleurs généralement à l’ensemble des moments de communication.

   Nous avons tenté de quantifier le taux articulatoire journalier du mâle. En effet, la rigueur de cette étude nous impose de ne pas limiter ce compte au nombre de mots prononcés, mais aux grognements et autre son inarticulés qui composent la riche palette du langage viriliste.

Il nous est apparu que ce taux était encore trop infinitésimal pour être mesuré par les systèmes numériques actuels. Nous travaillons à l’élaboration d’un instrument de mesure capable en outre d’enregistrer les ultrasons et de quantifier les borborygmes, car il est possible qu’une partie de l’expression virirliste soit inaccessible à l’oreille humaine. En effet, qui n’a pas observé l’extraordinaire paresse phonatoire qui caractérise le langage du mâle ? Détaillons plusieurs cas :

 

   A) L’usage de mots :

Le mâle peut user de mots, à l’instar de sa femelle ou de son partenaire mâle non montrancier.

Une certaine paresse phonatoire, ou peut-être le désir d’aller à l’essentiel, droit au but, dans une formulation métaphorique de la pénétration  à sec, engendre un phonation minimale, une prononciation  caractérisée par une aperture quasi imperceptible. C’est ainsi que le mâle peut développer d’étonnants talents de ventriloque, pour notre plus grand divertissement.

Outre l’articulation minimale, notons le nombre souvent minime de mots.

Ainsi, le spécimen N a réalisé un jour la performance de nous dire en une journée, très vite et dans sa barbe ces deux phrases : « J’vais ach’ter des clop’ », et « Tu veux un café ? ».

   B) Le langage infraverbal :

Nous serions injuste se prétendre que le mâle ne prononce que sept mot par jour en moyenne. Ce serait ignorer la part infraverbale de son langage, constituée de sons, de grognement, voire d’ultrasons. N’oublions pas qu’éructer s’avère souvent être une tentative de nous parler, qui se voit encore trop opposer une réprimande, au nom de l’élégance et du savoir vivre. Ainsi se joue souvent dans nos foyers la muette tragédie de l’incommunicabilité. Le mâle veut nous parler, émet un rot, et nous lui opposons, par ignorance de sa signification, une exclamation révoltée et dégoûtée. Le mâle, la queue basse et l’oreille basse, se réfugier dans sa solitude ou derrière l’Equipe.

En réunion le mâle peut enfin laisser s’épanouir cette propension mutique. Le spécimen déjà a ainsi déjà été observé  se réunissant des soirées entières avec ses congénères. Tous semblaient parvenir à se comprendre sans rien n’utiliser que ce langage infraverbal.

   C) Le langage gestuel :

Parfois, le son est superflu. Un geste suffit, dans l’ascèse rhétorique que nos nous appliquons à décrire. Surtout que le champ sémantique des idées essentielles du mâle se réduit en général à quelques messages, facilement transcrits mimes :

 

 

IDEE

 

 

 

JE SUIS LE PLUS FORT

 

 

 

JE VEUX TE PENETRER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIME

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Serrer la main de son interlocuteur en tentant de la broyer (pour le saluer).

 

 

 

-Ouvrir les bouteilles et les bocaux.

 

 

 

-Porter les cartons, les courses, les meubles.

 

 

 

-Détruire des objets.

 

 

 

-Se battre.

 

 

 

-Mimer le coït en donnant des coups de reins sur les fesses du partenaire dès qu’il tourne le dos ou se penche.

 

 

-Hennir « dans ton cul » en guise de réponse universelle.

 

 

-Percer des trous.

 

 

 

 

-Déchirer des emballages.

 

 

-Jouer à « chat-bite » avec ses copains pour tenter de s’approprier symboliquement leur force de pénétration.

 

(par souci de rigueur scientifique, nous ne fermons pas ce tableau qui sera complété à l’aide de vos témoignages)

 
 
 
 

 

    Revenons à la problématique abordée en début de chapitre, celle de l’expression amoureuse.

Comme nous l’avons noté, c’est le champ de communication le plus paralysant pour le mâle.

La rhétorique amoureuse viriliste est indigente par principe (cf Nicolas R*** et Jean-Jacques Goldmann en début de chapitre.), et confine au tabou lexical pour le verbe « aimer ».

« Je t’aime »étant indicible, ou peut-être impossible à ressentir, le mâle passe par toutes le figures de l’implicite :

·        Périphrase euphémistique : « Je me préoccupe d’un autre être que moi » (le héros de Breezy)

·        Périphrase euphémistique avec redoublement superlatif expressif : « Je suis vraiment très content d’être avec toi » (spécimen N)

·        Litote : « Je n’envisage pas de te tromper » (spécimen N)

·        Hypallage métonymique : «Ma bite aime ta chatte » (spécimen BE

·        Fausse hyperbole de contournement périphrastique : « Je t’adore. »(spécimen J, jadis)

·         Reprise allusive synthétique : « idem » (Patrick Swayze dans Ghost)…

 

Certaines déclarations de flamme viriliste demeurent stylistiquement non élucidées :

-Spécimen A : « Tu ressembles à un ours ».

-Spécimen N : « *** m’ a dit que si je voulais faire une partouze avec toi il était d’accord. Je lui ai répondu qu’alors il fallait qu’il amène une fille qui avait beaucoup de valeur à ses yeux. »

 

Le mâle explique cette pudeur rhétorique par :

Þ    La vulnérabilité de celui qui exprime ses sentiments, car  « celui qui avoue le premier perd » (N), or il est le plus fort (« Il ne faut pas trop vite avouer ses sentiments », A.).

Þ    La perte de force des sentiments lorsqu’on les exprime. Taire ses sentiments préserverait leur intensité, selon les théories du mâle N. Que devons-nous en déduire à propos de la nature des sentiments virilistes ? Seraient-ils assimilables à une substance gazeuse, puisque les laisser s’échapper reviendrait à les dissoudre dans l’air, pour enfin les perdre ? Le mâle mutique, telle une canette de bière hermétiquement fermée, garde des affects sous pression pour préserver leur saveur et leur pétillant. C’est gentil.

 

    Etrangement, nous avons pu, au prix d’une très longue et intensive immersion dans l’univers du mâle, observer quelques cas qui semblent contredire toutes nos théories précédemment exposées. En effet, parfois, le mâle parle, et même, parle d’amour…

En réalité, il ne s’agit pas d’une contradiction, mais d’une exception liée à des circonstances exceptionnelles, souvent critiques, nous permettant de comparer les mots d’amour du mâle au légendaire chant du cygne.

Les circonstances critiques, comme l’approche de la mort pour le cygne, sont pour le mâle le plus souvent liées à l’absence d’expression amoureuse de la part de l’être expressif par excellence : sa femelle, ou autre partenaire sexuel.

   Ainsi, nous avons relevé de nombreuses crises expressives (car l’étrangeté de ces manifestations ne peut s’expliquer que par un état de crise démentielle) :

·        Avalanche de textos dans une langue inconnue de type « Jfé ke pensé a twa, jte kiffe trop. Pourkwa tu ve plu me parlé ? Chui kune merde ou kwa ? » (spécimen B)

·        Dessins sanglants aux symboles mystérieux et lettres parfumées témoignant d’une démence pétrarquisante aggravée.

·        Sculptage de cœur en bois (spécimen D), etc…

 

   L’autre circonstance critique qui peur pousser le mâle à s’exprimer est l’absence de jalousie ou l’insuffisance de l’expression de la jalousie chez le partenaire. Destabilisé, fragilisé, le mâle tente alors de rétablir la situation de panique qui le flatte tant, quoiqu’il en dise, chez le partenaire.     L’expression amoureuse ne va dès lors bien évidemment servir à  dire ses sentiments à la personne aimée, mais à la torturer en exposant à la personne privée quotidiennement  de mot d’amour et de compliments  un dithyrambe fasciné d’une autre personne, fût-elle insignifiante. Ainsi, au mutisme succède une logorrhée sous forme de démence panégyrique.

Lorsque votre aimable compagnon se met à s’exprimer ainsi, l’œil injecté et le cheveu en bataille, nous conseillons de mimer la jalousie que vous ne ressentiriez pas, afin de le rassurer, de lui montrer que vous l’aimer, et de lui permettre de retomber dans un mutisme salutaire.